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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


Ponérologie (1 ) : regard sur le Mal

Publié par Antonin Campana sur 7 Octobre 2015, 12:52pm

Catégories : #PONEROLOGIE

Ponérologie (1 ) : regard sur le Mal

[Notre monde est-il la proie de forces diaboliques qui l’entrainent vers le chaos ?  La question peut se poser aux regards des évolutions entropiques que s’accentuent de jour en jour. Nous tenterons une  réponse dans une série de textes que ce blog regroupera en catégorie « ponérologie »] 

 

 Avant propos

 

L’article sur la Statue de la Liberté comme « représentation du Mal » a attiré le commentaire d’un lecteur (Michel M. qui se reconnaîtra) qui dans un courriel dit en substance que le Mal dont il est question est un mal métaphysique et théologique qui n’a rien à faire dans un blog « politique ».

J’accepte évidemment l’argument mais je vais aussi y répondre de manière un peu provocatrice : et si le Mal, au sens métaphysique (Satan), était aussi une réalité « politique » ?  Il me faudra plusieurs articles pour étayer ce point de vue et à cet effet j’ouvre une nouvelle catégorie pour les regrouper, catégorie que je nommerai « ponérologie ».

La ponérologie, ou science du mal (de ponêros- mauvais, méchant, et du suffixe logie – science) n’existe pas, si ce n’est par l’ouvrage d’Andrew M. Lobaczewski ( La ponérologie politique, une étude scientifique de la genèse du Mal, appliquée à des fins politiques) ouvrage développant une approche psychiatrique du totalitarisme qui n’est pas dans notre propos.

Nous pensons qu’il peut effectivement exister une science du Mal, une science qui aurait donc « Satan » comme objet d’étude, à condition de donner au Mal une définition « scientifique » qui permette de l’appréhender objectivement. Or selon nous, non seulement la possibilité d’une telle définition existe mais se trouve corroborée par les lois de la physique comme par les grandes cosmogonies traditionnelles.

Puisque nous sommes dans la provocation, nous déroulerons notre pensée à partir justement d’une de ses cosmogonies, la cosmogonie biblique qui nous est plus familière et accessible (mais nous aurions pu faire le même exercice à partir de la Théogonie d’Hésiode par exemple).

Donc, qu’est-ce que le Mal ?

 

Au commencement était le chaos… puis vinrent les distinctions et les séparations

 

     Selon la Genèse, le premier livre de la Bible, Dieu créa le monde en six jours.

     Dès les premières lignes, on nous apprend que la Terre était un « chaos » (Gn 1.2), un « tohoû wâbohoû » selon l’expression hébraïque qui donnera notre « tohu-bohu » évoquant selon le Larousse la « confusion » et le « grand désordre ».

     Le Chaos, la confusion et le grand désordre signent l’absence de Dieu. Comment se manifeste alors sa présence et son empreinte sur le monde ? Un monde mis en forme par le divin doit se situer aux antipodes d’un monde chaotique et désorganisé, bien loin d’un abîme ténébreux où règnent les tumultes informes, les enchevêtrements anarchiques et les cataclysmes cosmiques.

     Les antonymes du mot « chaos » renvoient à  « harmonie » et à  « organisation »... Ceux du mot « confusion » renvoient à  « différentiation », « discrimination »,  « distinction »,  « séparation ».... Ceux du mot « désordre » renvoient à  « ordre », « pureté », « structure »...  Alors, l’empreinte de Dieu se manifesterait-elle dans la structuration harmonieuse du monde ? Dans un ordre organisant le désordre par la seule vertu de la distinction, de la différentiation, de la séparation d’éléments embrouillés causant par leur mélange le fracas et la confusion ?

     La Genèse apporte une réponse positive à ces questions. Voici comme Dieu créa la terre et mit fin au chaos :

  • Séparation du Ciel et de la terre (Gn 1.1) : première séparation.

  • Séparation de la lumière et des ténèbres (Gn 1.4). Il appela la lumière « jour » et les ténèbres « nuit » : seconde séparation.

  • Séparation des eaux en-dessous du ciel (les océans) et des eaux au-dessus du ciel (la pluie) (Gn 1.7) : troisième séparation.

  • Séparation des eaux pour faire apparaître le « sec ». Ce qui est sec il l’appela « terre » et l’amas des eaux, il l’appela « mers » (Gn 1.9-10) : quatrième séparation.

  • Séparation de la terre et des végétaux qui en « sortent » (Gn1.11-13) : cinquième séparation.

  • Séparation du jour et de la nuit grâce au soleil et à la lune (Gn 1.14-18) : sixième séparation.

 La première étape de la Création est ici terminée. Dieu a ordonné la Nature par la séparation des éléments. Il va maintenant pouvoir créer la vie et donner libre cours à de nouvelles distinctions, dans l’ordre du vivant, cette fois-ci :

  • Séparation « selon leur espèce » des animaux qui vivront dans les mers et des oiseaux qui voleront au-dessus de la terre (Gn 1.20-23) : septième séparation.

  • Séparation de la terre et des animaux terrestres qui en « sortent » « selon leur espèce » (Gn 24-25) : huitième séparation.

  • Création de l’homme à partir de poussière tirée du sol (Gn 2.7), un sol dont il a été « pris » (Gn 3,19) : neuvième séparation

  • Création de la femme à partir d’une côté séparée de l’homme (Gn 2.18-22) : dixième séparation.

Selon la Genèse, la création du vivant est une « armée » (Gn 2.1), manière de signifier que le vivant s’organise de manière hiérarchique et compartimenté : chaque être doit se reproduire « selon  son espèce », sans mélange donc, et si l’herbe verte appartient aux animaux, il revient à l’homme de soumettre la terre  (Gn 1. 26-31) .

     Ainsi, à partir d’un magma informe, Dieu distingue des éléments fondamentaux qui auparavant s’interpénétraient dans un mélange que l’on qualifierait volontiers de « contre nature ». Il les sépare, les extrait, les fait sortir ou les tire de cette bouillie informe et tumultueuse pour leur donner une place à part, une existence reconnue : ainsi du Ciel, de la Terre, de la lumière, des ténèbres, des eaux, des terres, des herbes, des arbres, du soleil, de la lune, du jour, de la nuit, des animaux, de l’homme, de la femme. Il leur attribue aussi un domaine, un territoire délimité : aux arbres et aux bêtes la terre, aux poissons la mer, aux oiseaux le ciel, au soleil le jour, à la lune la nuit. A l’Homme le monde.

     Pas question de franchir les limites. Dès les premières lignes se dessine une loi divine qu’il sera dangereux de transgresser à l’avenir : il ne faut pas mélanger ce que Dieu a distingué. Les arbres doivent donner des semences « selon leur espèce », les animaux se reproduire « selon leur espèce », les êtres vivants se multiplier « selon leur espèce ». Chaque être vivant (bestiaux, reptiles, bêtes sauvages…), est créé « selon son espèce ». En l’espace de quelques 15 versets, de Gn 1.11 à Gn 1.25, l’expression « selon son espèce » (ou « selon leur espèce ») apparaît pas moins de 10 fois. C’est que les espèces ne doivent pas mélanger leur semence. La séparation originelle doit être maintenue, la reproduction rester dans son milieu pour ne pas bouleverser l’ordre divin. Il n’est pas question ici que puisse apparaître ces monstres mythologiques, assurément fruit de croisements diaboliques : Griffons à la fois aigle, lion et serpent ; Pégases à la fois oiseau et cheval, ou pourquoi pas Minotaures ayant le corps d’un homme et une tête de taureau ?

Dieu crée des séparations, des frontières infranchissables (l’eau, l’air, la terre, le ciel…), des hiérarchies… Et il juge cela « bon » : « Dieu vit que cela était bon » (Gn 1.9 par exemple) ! Autrement dit, d’un point de vue biblique (mais cela est conforme à toutes les cosmogonies), la mise en ordre du chaos par la distinction et la séparation participe du « Bien ». Dans un autre texte nous verrons que Dieu distingue et sépare les lignées et les peuples et que cela participe encore de la conjuration du chaos et de l’ordonnancement du monde. Mais il nous faut auparavant parler de Satan…

A suivre

Antonin Campana

 

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