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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


Le Covid-19 dans la géopolitique du contrat social

Publié par Antonin Campana sur 2 Mai 2020, 12:38pm

Catégories : #International

Le Covid-19 dans la géopolitique du contrat social

Nos sociétés occidentales se sont bâties, ou tout au moins prétendent s’être bâties, autour d’un « contrat social ». Ces sociétés contractuelles seraient le produit d’un libre rassemblement d’individus qui auraient décidé de « faire société » autour de valeurs universellement partagées par tout le genre humain, quelles que soient donc l’origine, la race, la religion et la culture des hommes qui composent celui-ci.

On sait que ces « valeurs », que l’on dit découler de la nature humaine, en fait, plus certainement, des délires philosophistes du XVIIIe siècle, sont celles qui charpentent le « pacte républicain », contrat social de la République dite « française ». Grâce au contrat social, ou pacte républicain, une société peut s’organiser et fonctionner avec des hommes venus du monde entier puisque les valeurs et principes qui président à cette organisation et à ce fonctionnement découlent de l’universelle nature humaine, et non de telle ou telle culture particulière. Ainsi une société fondée sur les droits naturels de l’Homme (le droit à la liberté, à l’égalité, à la propriété) serait acceptable par tous puisque ne contredisant les aspirations essentielles d’aucun. Les joueurs de pipo avaient simplement oublié de définir ce qu’on entendait par « liberté », « égalité » ou « propriété »…

Quoi qu’il en soit, les penseurs du « contrat social » ont néanmoins envisagé que certains associés ne respectent par la part du contrat qui leur revient et, par exemple, attentent à la propriété des autres associés. Un châtiment légitime est promis à celui qui ne respecte pas le « droit social ». Ainsi Rousseau parle des « criminels » et des « malfaiteurs » qui, rompant le « traité social », méritent la « peine de mort » !

On observera que les sociétés se prétendant fondées sur un contrat social sont toujours des sociétés supranationales. Cela est logique puisque ce ne sont pas des nations qui sont unies par le contrat mais des individus de toutes les nations. Peu importe, on l’a dit, l’origine nationale de ces individus puisque le contrat ne repose pas sur des spécificités nationales mais sur la nature humaine et les droits qui sont inhérents à celle-ci. L’individu associé devient un « citoyen » et l’ensemble des individus associés (le « corps d’associés » disait Sieyès) devient, selon le contexte, « corps politique », « république » ou « nation ». En contractant, l’individu gagne ainsi une citoyenneté et une nationalité. Mais ici, la citoyenneté et la nationalité se confondent : tous les citoyens français sont automatiquement de nationalité française.

Au contraire, les sociétés qui ne se veulent pas fondées sur un « contrat social » sont des sociétés qui sont soit « mono-nationales » (Japon, Corée…), soit « multinationales » (Russie, Chine, Serbie…). Ici, ce ne sont pas des individus associés qui font société mais une « nation » historique, au sens ethnique du terme, voire, dans certains cas, plusieurs « nations ». Quand plusieurs nations composent la société globale, l’Etat multinational reconnaît chacune d’entre elles (au contraire de l’Etat supranational qui les nie) et distingue soigneusement la citoyenneté (l’appartenance à un Etat), et la nationalité (l’appartenance ethnique à un peuple). Un citoyen russe peut être ainsi de nationalité russe, tatare ou juive. Un citoyen Chinois peut être de nationalité han, mongol ou tibétaine. Un citoyen serbe peut être de nationalité serbe, hongroise ou rom.

La géopolitique des Etats supranationaux projette sur le monde les délires du contrat social. Cette géopolitique simpliste appréhende les nations comme si elles étaient des individus. Aussi se propose-t-elle de les unir, atomisées, en une seule société planétaire sur la base de valeurs et d’intérêts qu’elle pose comme universels et acceptables par toutes, par delà les différences religieuses, culturelles et politiques qui spécifient chacune. Ainsi par exemple des droits de l’homme ou de la nécessité de « sauver la planète ». Ce sont logiquement les Etats supranationaux qui ont mis en place les institutions supranationales comme l’ONU, l’OMS ou l’OMC ainsi que les grandes institutions politiques à vocation supranationale comme l’Union européenne. L’acte de foi des Etats supranationaux est qu’il est possible d’installer une société globale qui s’organise et fonctionne selon des valeurs et des principes acceptables par toutes les sociétés particulières, bientôt destinées à se dissoudre dans une société planétaire unifiée sous un Etat supranational mondial.

Par leur construction, leur histoire et leurs héritages culturels, les Etats nationaux et multinationaux ne peuvent adhérer à de tels fantasmes.  Encore une fois, c’est selon l’idéologie de « Contrat social » que les Etats supranationaux jugent ce refus. Les Etats nationaux et multinationaux sont regardés comme des Etats qui ne respectent pas le « traité social » universel ou les « lois internationales ». Ce sont des « Etat voyous » (rogue state) ou des Etats criminels qui justifient, à la manière de Rousseau, les sanctions de la « communauté internationale », voire son « intervention » musclée.

La crise sanitaire que nous vivons apporte un élément nouveau. D’une part, elle confirme les fractionnements et l’explosion prochaine des Etats supranationaux. Ceux-ci, par la simple application de leurs principes fondateurs, ont substitué des sociétés hétérogènes aux sociétés homogènes. Or, en Europe, la crise sanitaire révèle le fossé qui sépare les populations allochtones des populations autochtones, mais aussi les tensions et le séparatisme de fait des « zones de non-droit ». Même aux Etats-Unis, l’idée de sécession semble profiter du coronavirus pour davantage se répandre dans les esprits. Bref, à « l’intérieur », on le savait depuis les attentats musulmans, le contrat social est dans une situation d’échec. D’autre part, les Etats nationaux et multinationaux se révèlent bien plus efficaces pour enrayer l’épidémie que les Etats supranationaux. Rappelons que 90% des décès dans le monde sont enregistrés dans les Etats supranationaux d’Europe de l’Ouest et des Etats-Unis. Pire, peut-être, les Etats supranationaux se retrouvent dans l’obligation de renier les principes qu’ils proclamaient jusque-là : ils rétablissent des frontières et cassent de fait (pour le moment) toute velléité d’association supranationale. Géopolitiquement, « à l’extérieur », le contrat social est donc, là aussi, en situation d’échec.  

Il est encore trop tôt pour le dire, mais il se pourrait que le coronavirus pulvérise à terme l’idéologie du contrat social. Si tel était le cas, les Etats supranationaux connaîtraient un effondrement qui, en raison de leur hétérogénéité ethnique, serait pire que l’effondrement de l’URSS. Ils laisseraient en ruine les sociétés qu’ils dominent. Cependant, il semble peu probable que les dirigeants des Etats supranationaux admettent leur défaite aussi facilement que ceux de l’URSS. Il subsistait chez les soviets un sens de l’intérêt général que ne possèdent pas les oligarques. Les critiques portées contre la Russie et aujourd’hui contre la Chine, ouvertement accusée d’avoir fabriqué le virus et causé l’effondrement de l’économie mondiale, laissent supposer la mise en place de stratégies conflictuelles. Trump lie le coronavirus à un laboratoire chinois et menace déjà la Chine de lui imposer des taxes douanières punitives. Tout cela au risque d’une guerre qui ne serait pas seulement économique ? Rien n’est impossible, même pas une guerre des Etats supranationaux contre les Etats multinationaux russes et chinois. Il faut s’en tenir aux faits : depuis deux siècles le « Contrat social », contrat avec le diable, se signe avec le sang des peuples. Le « Contrat social » scelle la mort des peuples et l’apparition des multitudes. Pour l’oligarchie régentant les Etats supranationaux, les peuples n’existent plus. Il n’y a que des nombres et des chiffres sur des lignes. Dès lors, quelle importance qu’il y ait quelques lignes de plus ou de moins ?

Antonin Campana

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Jean Claude 03/05/2020 13:40

Bonjour Antonin,

Je vous trouve optimiste lorsque vous écrivez "Rien n’est impossible, même pas une guerre des États supranationaux contre les États multinationaux russes et chinois" .
En ce moment même les indices se multiplient qu'une guerre, une vraie, s'approche à grands pas.
-La rhétorique du Département d'`État US et celle de la Maison Blanche est de plus en plus agressive : ils parlent ouvertement de procès pénal international, de nouvelles taxes douanières, de sanctions économiques, de gel des avoirs chinois aux USA, de défaut sur les bons du trésor détenus par la Chine, etc...
-Cette rhétorique devient aussi militaire et parle d'encerclement de la Chine par les "forces de coercition de l'OTAN", accusant la Chine d'être en guerre biologique contre les nations démocratiques. Tout ceci me rappelle fortement l'hystérie américaine contre l'Irak de Saddam Hussein en 2002-2003, et ce qui s'en est suivi.
-Le niveau des provocations de la Navy près des (ou dans les) eaux territoriales chinoises augmente fortement : des destroyers US font des incursions dans ces eaux et cherchent l'affrontement, qui serait bien sur un prétexte idéal pour commencer la guerre.
Les exercices militaires 2020 de l'OTAN près des frontières russes sont une provocation grave. Les tirs quotidiens des bataillons nazis ukrainiens sur des civils au Donbass aussi.
D'autres indices sont inquiétants : le seul secteur commercial qui ne soit pas ruiné par le confinement est celui des bunkers anti-atomiques pour milliardaires et millionnaires, dont les ventes explosent depuis le début de l'année.
Si nous nous gardons du biais cognitif commun qui consiste à présumer que nos valeurs humanistes sont universelles, nous pouvons constater que les actions et les projets de l'oligarchie ne sont pas bisounours. En gros, les fortunes à douze chiffres sont des nazis pur fruit, imprégnés de la certitude de faire partie d'une caste supérieure, satanistes, pédophiles et esclavagistes (c'est la marque du pouvoir). Pour eux, nous n'existons pas, notre viande ne vaut rien, comme vous l'expliquez très bien dans votre dernier paragraphe.
Contrairement à nous, tous ces gens ont un abri anti-atomique bien équipé, souvent situé en Nouvelle-Zélande et un jet privé prêt à décoller pour le rejoindre. Tous les pourris à leur service qui nous gouvernent ont le leur : le Pentagone, la Maison Blanche, l’Élysée, etc.. tous ces parasites sont assis au dessus d'un bunker bien protégé et pensent ne rien craindre.
Leur agenda prévoit la réduction de l'humanité à 500 millions de personnes ou moins, il leur en reste donc sept milliards à tuer. Le covid19 est pour cela une goutte d'eau dans l'océan : il ne compensera même pas, loin s'en faut, la natalité africaine. Il leur faut donc frapper plus fort et vite, car chaque mois creuse le retard technologique des USA par rapport à la Chine et à la Russie. La Chine construit actuellement à toute allure une flotte de guerre, une aviation de guerre, une force de dissuasion par missiles intercontinentaux et dans dix ans sera de très loin la première puissance militaire mondiale.
Il y donc urgence pour l'oligarchie, et peu importe l'effondrement économique tant que les armées de l'OTAN sont opérationnelles. Sur n'importe quel théâtre d'opérations (Syrie, Irak, Venezuela, Iran, Taïwan, Ukraine) il peut y avoir n'importe quant une provocation de trop et une escalade vers le conflit nucléaire généralisé en moins de 24 heures.
Ça peut paraître pessimiste, mais le tableau de la réalité géopolitique mondiale d'aujourd'hui n'est pas engageant. Étant donné que cette oligarchie a les moyens le laver quotidiennement le cerveau de 99% de la population, nous sommes totalement impuissants. Tout ce que nous pouvons faire, et c'est déjà bien, est de nous préparer au mieux en vue de notre survie personnelle et celle de nos proches.

Envisageons le pire, le meilleur devient utopique.

Jean Claude

Jean Claude 14/05/2020 19:53

Je suis désolé si l'usage de ce mot dérange un germanophile.
L'allemand fut ma première langue vivante au bahut, ma première petite amie vivait à Hanovre, de jeunes allemands (et allemandes, of course !) venaient en vacances d´été chez mes parents et Dieu sait que j'aime et respecte infiniment le peuple allemand.
Je lis l'histoire, je sais le martyre que les US leur ont fait subir et l'humiliation d'être encore un pays militairement occupé.
Mais le noyau de l'idéologie nazie, ce concept d'une race supérieure ayant droit de vie et de mort sur les êtres inférieurs, existait bien avant Adolf.
Il est né, selon moi, aux USA et a été massivement appliqué outre-atlantique par les quarante familles qui règnent toujours sur Wall-Street et les états. Je peux me gourer ?
Le génocide est leur marque de fabrique et leur arme favorite.
C'est à eux que je fais référence, pas à ces pauvres allemands aussi manipulés et nazes que nous.
Enfin, si ça te parle, l'orchestre symphonique de Dresde est mon préféré.
Meilleur que Vienne ou Berlin, selon moi.
Tu connais "https://youtu.be/tTt3BLGfBbg" ? Ça fait un peu pleurer, mais c'est l'hygiène de l'âme.
Cordialement,
Jean Claude

Imanol69 09/05/2020 14:39

Qu est ce que le nazisme vient faire ici? C est encore et toujours eructer la propagande cosmopolite sans rien comprendre.
C est vraiment ne rien connaitre a l histoire que d utiliser de telle référence.
Connaissez vous le sort des réfugies allemend de prusse orientale en 45?
Le sort des villes allemendes , Dresde en particulier.

Ribus 03/05/2020 08:36

« …Pour l’oligarchie régentant les Etats supranationaux, les peuples n’existent plus... »
...et les idiots utiles – comme par exemple Taché, le bien nommé - qui utilisent leurs liens avec cette oligarchie...pour une hypothétique mais certainement éphémère ascension sociale en n’ayant pas conscience apparemment d’être issus eux-mêmes de « l’ancien peuple » puisque de peau blanche … et a fortiori, inconscients qu’ils pourraient trépasser, un mauvais jour, par le fer du poignard d’Allah, épargnant à leur détriment, ce jour-là précisément, la vie d’un Africain de souche, par exemple…

Frederik Woudpreker 02/05/2020 19:57

Bravo, Antonin, pour cet article "fondamental". Le drame de la Révolution française est que ce sont les jacobins qui ont "gagné", contre les girondins, avec toutes les conséquences que nous savons. Je crois que le problème peut aussi se définir comme "centralisme unitarien", contre fédéralisme. Il est à remarquer que les pays latins (de culture catholique) sont "naturellement" portés au centralisme, tandis que les pays de culture protestante accepteraient plus facilement les "différences" entre citoyens. C'était sûrement vrai "au début", mais le temps passant, cette différence a tendance à s'estomper. L'Italie et même l'Espagne ont des régions plus ou moins autonomes, au contraire de la France. (Sauf que l'Espagne reste très hostile à l'autonomisme, quand il se rapproche de l'indépendance). Les États-Unis sont un cas très spécial, puisque bien que de culture protestante (à leurs débuts) et de structure fédérale, on y trouve des traits qui font qu'on peut dire que les USA sont une "France qui a réussi", ayant beaucoup emprunté à la Révolution française : frontières et rues tracées au cordeau, avec de simple numéros, juges élus... etc. Bref, l'abstraction absolue... Mais tout bouge et l'immigration "latino" va probablement changer le pays en profondeur. Comme quoi, rien n'est simple et bien malin qui peut prévoir comment tout cela va évoluer... Surtout après des pandémies, comme celle que nous connaissons en ce moment...
Ne vous découragez pas : je suis persuadé que vos articles sont lus par beaucoup, même si vous avez peu de réponses. Avec votre approche originale, vous faites un travail de réflexion très utile ! Bon courage pour la suite !
Meilleures pensées de FW.

Antonin Campana 02/05/2020 22:44

Merci à vous Frederik !

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