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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


Macron : une révolution de couleur ?

Publié par Antonin Campana sur 17 Juin 2017, 11:37am

Catégories : #Les joies de la nation Frankenstein, #Le coin des clowns

Macron : une révolution de couleur ?

On le sait, après la première guerre mondiale le personnel politique a subi un profond renouvellement (aux élections législatives de 1919, 60% des députés le sont pour la première fois).

Les années qui suivent la seconde guerre mondiale voient un renouvellement plus important encore. Le temps des Edouard Herriot, Marcel Déat, Maurice Thorez, Léon Blum, Edouard Daladier ou Albert Lebrun se termine et laisse la place à celui des Charles de Gaulle, Antoine Pinay, Pierre Mendès-France, Edgar Faure, Guy Mollet, Gaston Defferre ou Jacques Chaban-Delmas. Certes la coupure n’est pas franche : un Maurice Thorez participe quelques mois au gouvernement Ramadier (1947), un Antoine Pinay était député et sénateur avant-guerre…. Et puis on revendique fièrement ses « racines » : Gambetta, Ferry, Jaurès, Clémenceau… Mais la guerre a bien opéré une rupture profonde et un renouvellement presque complet du personnel politique. L’invocation des grandes figures du passé n’y change rien.

Cette génération qui après-guerre s’installe à la tête des partis va se perpétuer jusqu’à aujourd’hui. Le personnel politique de ces dernières années, les François Hollande, Nicolas Sarkozy, François Fillon, Jean- François Copé, François Bayrou… sont les héritiers des Philippe Séguin, Jacques Delors, Jacques Chirac et plus loin Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, François Mitterrand et plus loin encore Charles de Gaulle ou Léon Blum. Entre 1945 et aujourd’hui il y a eu un passage de témoin assumé et souvent revendiqué qui fait l’unité politique de la période. Bref pas de rupture ici comme en 1919 ou 1945, mais plutôt une continuité quasi « généalogique » : Blum – Mitterrand - Hollande / de Gaulle – Pompidou - Chirac - Sarkozy / Thorez – Duclos – Marchais - Laurent / Edgar Faure – Giscard – Bayrou / etc.

Les élections présidentielles et législatives de 2017 marquent de ce point de vue une rupture radicale assimilable à ce que l’on a vu en 1919 ou 1945. Plus d’un tiers des députés (37%) ont préféré ne pas se représenter. Parmi eux des « têtes d’affiche » : Claude Bartolone, Ségolène Royale, Luc Chatel, Patrick Balkany, Jean-François Copé ou Laurent Wauquiez. Une bonne idée sans doute : Benoît Hamon, Jean-Christophe Cambadélis, Cécile Duflot, Emmanuelle Cosse, Aurélie Filippetti, Elisabeth Guigou, François Lamy, Henri Guaino…. ont été battus dès le premier tour, comme d’ailleurs 95 députés sortant socialistes (seulement 10 pour LREM). Les candidats LREM s’apprêteraient à rafler entre 415 et 445 sièges à l’Assemblée Nationale (sur 577). De parfaits inconnus pour la plupart, sélectionnés sur Internet après avoir rempli une lettre de motivation, vont donc occuper, si cela se confirme, entre 70 et 75% des sièges de l’Assemblée !

Comment traduire ce renouvellement en profondeur, presque un tsunami, puisque celui-ci n’est pas précédé comme autrefois d’un évènement majeur (guerre, occupation du territoire) pouvant l’expliquer ? Nous avons déjà souligné (ici et ici) que le parti politique, corps intermédiaire entre l’individu et le pouvoir d’Etat, était contraire aux principes républicains, donc au Système. Or, leur quasi-destruction durant ces élections prive la classe politique traditionnelle des appareils qui assuraient sa promotion. Cela lui est d’autant plus dommageable qu’après avoir fabriqué Macron, les médias qui étaient jusque là acquis aux politiciens traditionnels assurent désormais la promotion des seuls candidats-internet de LREM.

Un autre facteur a pu être déterminant : la nécessité de devoir contrer la « montée du populisme ». A l’évidence, le Système est passé à la contre-offensive : un coup d’Etat permanent empêche Trump de gouverner aux Etats-Unis, le Brexit ne se fera sans doute pas, Matteo Renzi, que le référendum italien avait éjecté du pouvoir, s’apprête à y revenir, les élections en Autriche, en France et au Pays-Bas ont toutes été des chefs-d’œuvre de « containment »… Nous n’avons pas encore une conscience très claire de ce que peut signifier pour l’oligarchie le Brexit ou l’arrivée à la Maison-Blanche d’un Trump. Nous pouvons néanmoins supposer, vu les forces qui se déchaînent actuellement aux Etats-Unis, que cela constitue une alerte sérieuse.

Revenons en France, ce pays qui depuis longtemps est un laboratoire du Système. La « montée du populisme » signifie clairement d’un point de vue Système que la classe politique traditionnelle n’a pas été capable d’endiguer le réveil des peuples. D’autre part, quelle est, pour le Système, la fiabilité d’une classe issue des partis et « enracinée » dans une lignée politique contraignante, d’une classe composée de gens parfois cultivés dont certains, bien qu’ils soient rares, ont une vraie conscience historique, d’une classe dont quelques éléments insolites éprouvent même un attachement sincère à leurs pays et se désolent vraiment de sa décadence ? D’un point de vue Système, cette classe politique d’après guerre, vieillotte et encore trop « française », est-elle toujours, comme autrefois, en mesure de « faire le job » ? Si l’on en juge par l’attitude des médias Système et des porte-paroles de l’oligarchie (Attali, Minc, Cohn-Bendit…) la réponse est non. Il faut donc la remplacer… c’est précisément ce à quoi nous sommes en train d’assister.

Le renouvellement politique de 2017 installe ainsi une nouvelle classe sociale au pouvoir : celle des bobos urbains. Ils sont sans racines définies, sans attaches spirituelles et religieuses, sans sentiments d’appartenance. Ce sont des hommes et des femmes de nulle part, incultes, sans verticalité, sans héritage politique ou culturel, sans rien à transmettre non plus, socialement intégrés par la consommation. Ce sont de purs produits de l’instant et de l’éphémère : une génération internet recrutée sur internet. Surgis de rien, ils ressemblent à des Virevoltants, ces petits buissons secs et sans racines qui dans certaines contrées arides vont où le vent les mène, traversant les rues inoccupées et asséchant de leurs graines la végétation qui subsiste. Emmanuel Macron est leur archétype. La culture française ? Il ne connaît pas ! L’art français ? Il ne l’a jamais vu ! « L’hymne national » ? Un truc qui se chante la main sur le cœur, comme dans les films américains ! Les bobos sont des produits de la mondialisation, donc du Système, et doivent tout à la mondialisation, donc au Système. Leur fidélité au Système sera sans limite.

On le sent, on le voit, ce renouvellement a été sciemment provoqué et planifié. Ce bouleversement politique radical est complètement artificiel. Il a été médiatiquement contrôlé, politiquement télécommandé (par des apparatchiks de l’ancien temps, François Hollande en tête), judiciairement aidé, financièrement soutenu et marketiquement fabriqué. Nous avons assisté à une révolution de couleur parfaite : pas de violence, propagande parfaitement orchestrée, adhésion des populations manipulées, et au final changement complet du personnel politique !

En d’autres termes, cela pourrait s’appeler un coup d’Etat.

Antonin Campana

Commenter cet article

van Elslande Daniel 20/06/2017 16:34

Remarquable analyse mais maintenant que faire?

Antonin Campana 21/06/2017 08:25

http://www.autochtonisme.com/2016/10/que-faire.html

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