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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


Synthèse autochtone 10 : Une entreprise d’ingénierie sociale

Publié par Antonin Campana sur 13 Mars 2017, 13:52pm

Catégories : #Synthèse autochtone

Synthèse autochtone 10 : Une entreprise d’ingénierie sociale

La République est une entreprise d’ingénierie sociale dont l’action consiste à détruire une société homogène qui fonctionne mais qu’elle ne contrôle pas, pour reconstruire une société hétérogène qui ne fonctionne pas mais qu’elle contrôle.

Pour illustrer cette définition, nous proposons ci-dessous deux textes de synthèse qui nous semblent importants et complémentaires. Ils ont été tous deux publiés par ce blog l’année dernière. Le premier donne une vue d’ensemble de cette entreprise républicaine d’ingénierie sociale. Le second donne en exemple le processus républicain de déconstruction de la famille, clé de voûte de la société européenne traditionnelle.

 

La République : une redoutable entreprise d’ingénierie sociale.

 

Transformer un peuple homogène mais hors de contrôle en société de masse sous contrôle

A bien y regarder et paradoxalement, il est sans doute faux de considérer la République comme un système de gouvernement ou un régime politique. L’histoire de la République est celle d’une lente transformation d’un peuple homogène, structuré et hors de contrôle, en corps social hétérogène, déstructuré et sous contrôle. En un peu plus de deux siècles, la République a fait d’un peuple séculaire, solidement organisé par des structures sociales fondées sur une identité spécifique, une sorte de bouillabaisse humaine informe et sans liens, une vulgaire accumulation d’individus standards, esseulés et puisés sur toute la planète. Cette transmutation ne doit rien au hasard ou à la nécessité. Elle a été décrite et projetée puis menée à bien méthodiquement, étape après étape, contraintes après contraintes, violences après violences.

La République n’est donc pas un « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple » puisqu’elle entend le déconstruire pour le refaire à sa manière tant socialement, culturellement que dans sa composition ethnique. La République, gouvernement de l’oligarchie, par l’oligarchie et pour l’oligarchie, est donc une entreprise d’ingénierie sociale à l’échelle globale. Elle s’inscrit dans l’idéal mondialiste dont elle est une des formes en même temps qu’une matrice.

L’ingénierie sociale : déconstruire l’organisation sociale, puis la recomposer

Qu’entendons-nous par « ingénierie sociale » ? L’ingénierie regroupe l’ensemble des activités qui vont de la conception (le projet) à la fabrication et au contrôle d’un équipement technique. L’ingénierie sociale consiste donc à concevoir et à fabriquer une société humaine dont on connaîtrait tous les rouages et tous les mécanismes, dont on aurait fixé les codes et qui ne laisserait ainsi aucune incertitude quant à son fonctionnement, à ses « choix » ou à ses évolutions : une société que l’on pourrait contrôler aussi facilement qu’un équipement technique. Le problème, lorsqu’on part d’un existant, est de déconstruire celui-ci. Il faut démanteler les structures sociales en place et réduire cet existant à la plus petite unité qui le compose : l’individu. Il faut effacer les codes identitaires qui sont les liants du groupe et réinitialiser l’individu de manière à le rendre identitairement neutre et standard. Puis il faut recomposer, c’est-à-dire mettre en place d’autres structures et d’autres codes, ajustés aux individus standards, de manière à disposer au final d’un équipement technique aussi prévisible que peut l’être une machine.

On trouve trace du « projet » chez un Rousseau qui dans son Contrat social expliquait que le « grand législateur » est celui qui ose « instituer un peuple » (C.S. II,7). Instituer, c’est-à-dire « fonder » et « créer ». Ce grand législateur doit être le « mécanicien qui invente la machine » en changeant la « nature humaine », « transformant chaque individu », lui rognant son « indépendance » et ses « forces propres » pour en faire une simple « partie d’un grand tout » (C.S. II,7). Tout y est déjà !

La République : une démolition contrôlée de la société française

La Révolution va reprendre les grands principes de l’ingénierie sociale imaginée par Rousseau. Le député Jean-Baptiste Carrier proclamera : « Nous ferons un cimetière de la France plutôt que de ne pas la régénérer à notre manière ». Régénérer, un mot clé du vocabulaire révolutionnaire : « reconstituer après destruction » (Larousse). Détruire une société pour mieux la reconstruire : nous sommes au cœur de l’ingénierie sociale ! De fait, la Révolution veut tout « régénérer » : la France, l’ordre public, les mœurs, la représentation nationale… A Paris, on érige une « Fontaine de la Régénération nationale » ! L’idée est de « faire des hommes ce qu’on veut qu’ils soient » (Saint-Just). Mirabeau se prend à rêver : «Avec des moyens appropriés, on pourrait passionner les hommes pour une organisation sociale entièrement absurde, injuste et cruelle» (cf. Mona Ozouf, l’Homme régénéré- Essais sur la Révolution française, Gallimard).

Pour régénérer, il faut donc, conformément à ce qu’énonce Rousseau, changer la nature des hommes. Pour cela, il faut détruire ce qui parasite la relation directe que l’individu devrait avoir avec le « tout », traduisez le pouvoir central. Il faut détruire ces structures qui donnent à l’individu sa véritable identité, sa nature, sa différence, sa spécificité, ce caractère particulier qui interdit l’interchangeabilité. L’individu esseulé doit être la seule « partie » du « tout ». Il ne doit y avoir aucune structure sociale susceptible de s’intercaler entre l’individu et l’Etat, aucune « section du peuple » (Constitution) : pas d’ordres, pas de corporations, pas de syndicats, pas d’Eglise, pas de familles, pas de peuple homogène… L’individu doit être une partie standard et standardisée du Tout, un rouage calibré d’une machinerie contrôlée par l’Etat mondialiste. C’est de ce point de vue qu’il convient d’analyser la négation des structures sociales traditionnelles (lois sur l’abolition des corps intermédiaires : ordres, corporations, communautés…), la négation des structures religieuses (lois anticléricales), la négation de la famille (loi sur le divorce, loi sur le « mariage pour tous »…), la négation des rôles sociaux masculins-féminins (lois sur la parité, criminalisation du « sexisme »…), la négation des appartenances ethno-identitaires (lois réduisant la nationalité au juridico-administratif), la destruction de l’homogénéité ethnique, religieuse et culturelle du peuple français (politiques d’immigrations, lois « antiracistes »…), la négation du peuple autochtone de France comme groupe distinct (jugements des tribunaux républicains)… Le but est d’isoler l’individu de manière à le rendre vulnérable mais aussi de l’extraire de ses appartenances (sociales, religieuses, nationales, ethniques, culturelles, familiales, sexuelles…) pour le rendre standard, donc prévisible. Le but est de « changer la nature humaine » pour que les hommes soit enfin réellement ces « citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion » que fantasment les républicains (Constitution Art. 2).

L’immigration, stade ultime de la déconstruction de la société française

La destruction de l’homogénéité du peuple par l’immigration est bien sûr la plus importante du processus de déstructuration. On atteint là la nature même du peuple : on change le peuple. C’est l’aboutissement d’une logique qui dit en substance, pour parodier Brecht : « puisque le peuple n’est pas mondialiste, il faut dissoudre le peuple ». L’immigration est un viol de notre peuple, un viol qui a été conçu et planifié bien avant que les défenses immunitaires de notre peuple ne soient annihilées par les déstructurations successives que nous avons évoquées. Ainsi, selon Saint Just, la France régénérée sera « un pays libre ouvert à tous les hommes de la terre ». Le député Adrien Duport (un des rédacteurs de la Déclaration des droits de l’Homme) précisera en 1791, que « les Turcs, les Musulmans, les hommes de toutes les sectes sont admis à jouir en France des droits politiques ». Même idée chez le député de l’Oise Anacharsis Cloots pour qui la France doit préparer une république universelle accueillant tous les hommes de la terre. Clermont-Tonnerre énonce quant à lui que la France régénérée doit intégrer non des communautés mais des « individus » dissociés de leurs appartenances et calibrés dans une citoyenneté « sans distinction ».

Une destruction créatrice

Nous sommes bien en présence d’une destruction systématique, pan après pan, de notre peuple. Mais cette destruction est en même temps « créatrice » dans la mesure où s’installe parallèlement un nouveau modèle de société. Nous voyons parfaitement aujourd’hui l’aboutissement de cette destruction créatrice. A la société complexe d’autrefois, irriguée par de multiples réseaux sociaux qui reliaient, s’est substituée une société rudimentaire constituée de deux ensembles seulement : d’une part les membres d’un pouvoir oligarchique global (étatique, politique, économique, financier, médiatique, policier, militaire, législatif, sociétal…) et d’autre part une masse humaine atomisée. Alors que l’oligarchie dominante est faite d’un tissu aux mailles solidaires (multinationales, banques, fondations, clubs, forums, think tanks, lobbies, intérêts… mais aussi entre-soi et cohésion de classe qui ne se démentent jamais), la masse dominée est constituée d’individus narcissiques, repliés sur eux-mêmes, isolés de leurs semblables et de plus en plus incapables ne serait-ce que de vivre en couple ou de constituer une famille. L’individu postmoderne que décrivent les sociologues, simple « partie d’un grand tout », pour reprendre la phraséologie rousseauiste qui inspire les ingénieurs sociaux républicains, est un citoyen « sans distinction », sans idée, sans solidarité, sans culture historique, sans préoccupation autre que son bien être, sans identité autre que celle qu’il trouve en consommant. Cette « partie » n’est qu’un rouage décérébré au fonctionnement prévisible, et ce « tout » ressemble à une société d’insectes sociaux.

Changer la « nature humaine »

La destruction créatrice a donc changé la nature du peuple, devenu corps social métissé, mais aussi la « nature humaine ». Si l’homme est un être de culture, encore faut-il qu’il puisse s’approprier cette culture. Or, l’intérêt du mondialisme est de détruire les cultures sources de cohésion, pour leur substituer une sous-culture marchande bêtifiante qui valorise l’individualisme consumériste. L’homme, être de culture et d’appartenances, s’est donc progressivement transformé en un individu égocentrique, jouisseur et superficiel.

La mutation semble s’être opérée au détour des années 1990. Pour la caractériser, les sociologues parlent de «postmodernité » ou de «l’ère du vide » (Lipovetski). L’individu postmoderne est un individu esseulé, narcissique, sans appartenances, sans esprit critique, apathique et indifférent au groupe. Il est tout aussi déstructuré que la société dans laquelle il vit et se montre peu réceptif aux systèmes de pensée ou même au raisonnement logique (la postmodernité marque ainsi la « fin de l’idéologie » selon Daniel Bell). Peu sensible à la raison, l’individu postmoderne est en revanche très dépendant de ses émotions. Il en est d’autant plus manipulable :

En 1984, le mondialiste Bernard Stasi écrit un livre vantant les bienfaits de l’immigration, chiffres, cartes et tableau à l’appui (Bernard Stasi, L’immigration : une chance pour la France). Trente ans plus tard, on nous montre simplement le corps d’un jeune migrant étendu sur une plage. Dans un cas comme dans l’autre, l’objectif reste le même : nous tromper pour nous convaincre d’accepter l’invasion migratoire. A ceci prêt que Stasi s’adressait à notre néocortex (siège de la pensée logique), et que les mondialistes d’aujourd’hui sollicitent notre système limbique (siège des pulsions animales primaires : la peur, le plaisir, l’agressivité, la colère…) afin de provoquer une émotion qui interdira toute réflexion. Le marketing politique mondialiste et républicain cherche moins à convaincre par des arguments qu’à manipuler par des affects et à abuser en shuntant l’intelligence par des chocs émotionnels. Il s’adapte à des individus décérébrés qui chassent le Pokemon avec leur iPhone et à une « nature humaine » que le mondialisme a « changé ».

Une société instable, mais contrôlée

Le mondialisme a donc remplacé une société enracinée qui fonctionnait, mais qu’il ne contrôlait pas, par une société hétérogène qui ne fonctionne pas, mais qu’il contrôle (diviser pour mieux régner). Cette société métissée est instable en raison de son manque de cohésion, de mœurs inconciliables, de l’absence de codes identitaires communs. Elle est d’autant plus « contrôlable » qu’elle ne dispose d’aucun contre-pouvoir organisé susceptible de s’opposer au pouvoir central : en deux siècles, ils ont tous été détruits. De plus, l’instabilité ne nuit pas au contrôle social : au contraire, elle le rend indispensable ! Prenez l’exemple du « terrorisme » islamique, fruit s’il en est de l’hétérogène instable. La République y répond, à la demande de citoyens avides de protection, par la surveillance généralisée de ces mêmes citoyens et par un Etat de plus en plus policier. Le manque de réflexion des individus et la manipulation des émotions ont permis à la République de dégager ses responsabilité et d’accroître encore son contrôle sur la société conflictuelle que ses ingénieurs sociaux ont volontairement fabriquée.

En conclusion…

La République n’est pas un système politique : c’est une entreprise mondialiste d’ingénierie sociale. Son but n’est pas le pouvoir du peuple, mais la destruction du peuple ! Ce qu’elle veut, ce qu’elle a toujours voulu, c’est détruire ce qui est incompatible avec une « République universelle », traduisez « la société planétaire sous gouvernance oligarchique mondiale » : l’homme, en tant qu’être de culture et de racines, le peuple comme organisation sociale ethniquement et culturellement homogène. C’est sur des ruines et des traumatismes que cette entreprise d’ingénierie sociale entend construire un nouvel ordre. Un ordre mondial dont le caractère instable, conflictuel et violent, pourra justifier l’installation d’un pouvoir universel coercitif qui brisera net toute velléité d’émancipation.

Pour l’oligarchie ce sera le meilleur des mondes.

Antonin Campana

 

Détruire la Famille : un objectif de l’ingénierie sociale républicaine

 

L’ingénierie sociale républicaine, nous l’avons vue dans un autre texte, a déconstruit méthodiquement l’organisation sociale du peuple français. Nous savons que cette démolition contrôlée s’est attaquée principalement aux communautés d’habitants, aux communautés de métiers, aux confréries, aux ordres, à l’Eglise, aux paroisses, aux terroirs, aux structures familiales, à la nation ethnique… L’un des objectifs était de faire de l’individu isolé la cellule de base d’une organisation sociale simplifiée : la masse des individus esseulés d’un côté et l’Etat qui les contrôle de l’autre. Et rien entre les deux.

Une société fondée sur un entassement d’individus réduits à des sortes de grains de sable identiques est une aberration anthropologique. La cellule de base de la société française traditionnelle (comme de toutes les sociétés humaines non encore réduites à des termitières) est la Famille. Pour construire le nouvel ordre, la République va donc s’en prendre prioritairement à la Famille et aux liens de parenté.

Disloquer la famille traditionnelle

Pour bien comprendre l’importance des liens familiaux avant 1789, voici une citation un peu longue mais significative. Elle est tirée d’un ouvrage de Robert Muchembled, historien faisant référence en matière d’histoire sociale :

« La communauté rurale possède une cohésion interne très forte et très contraignante (...) Trois ordres de relations obligatoires jouent un rôle primordial : la parenté, l’amitié et le voisinage. Un individu, Ego, n’a pas le choix en ce domaine. Il appartient à ces réseaux qui le définissent et qui l’encadrent souvent très étroitement (…). Aux yeux des autres, Ego transporte une identité collective qui permet de le situer avec précision (…). La parenté comporte elle-même trois cercles distincts (…). Le principal vient des liens du sang. Dans l’ordre il concerne les frères et les sœurs, les grands-parents et les petits enfants, les oncles et les tantes, les cousins et ainsi de proche en proche d’autres parents. Ces personnages participent à la signature de contrats avec Ego le principal intéressé, lui apportent leur caution et leur aide en justice, sont prêts à venger un affront qui lui est fait, et réciproquement. Un deuxième lien de solidarité provient de l’alliance. Le mariage n’unit pas seulement deux individus. Il relie entre eux deux groupes familiaux, désormais obligés de s’entraider. (…) L’intensité des solidarités en question (…) amène à faire épouser des querelles de famille par des gens qui n’y ont pas participé (…) Nul ne peut se soustraire à de telles obligations sans passer pour un lâche. Le troisième cercle est celui de la parenté spirituelle. Il lie les parrains et les marraines au groupe familial de leur filleul (…). L’entrecroisement de ces liens familiaux étendus compose des ensembles structurés autour de familles dominantes (…). D’autres dimensions de la sociabilité précisent encore le tableau. L’une d’elles repose sur l’amitié, concept particulièrement fort, très proche de la parenté (…) L’être isolé est mal perçu dans cet univers où tout est fait pour dire à l’homme de se serrer près des autres ». (Robert Muchembled, Cultures et société en France du début du XVIe Siècle au milieu du XVIIe siècle, Sedes, 1995).

Cette famille élargie constituait donc un obstacle de taille à l’entreprise républicaine d’ingénierie sociale. Il fallait donc, selon l’expression de l’historien Xavier Martin, « desserrer les liens de familles »[1]. Sieyès d’ailleurs le dira sans ambages : « Un législateur éclairé verrait jusqu’où on peut permettre les liens de famille ». Saint-Just entend immoler sans pitié à l’intérêt public les « affections privées » et le conventionnel Lequinio voudrait « que les enfants ne connussent point leur père » car, écrit-il ailleurs : « la société générale se fortifierait par la rupture de tous les liens particuliers ». Un autre conventionnel, Courtois, affirme même que pleurer sur la tombe d’un père, d’un frère ou d’un ami est « un vol fait à la cité ». Danton, quant à lui, voudrait déposséder la famille de son rôle éducatif pour le confier à la « nation » car, dit-il, « tout se rétrécit dans l’éducation domestique ». L’idée sera reprise quelques années plus tard par Heurtault de Lammerville, député du Directoire, qui estimera, fantasme républicain récurrent, que les institutions républicaines devraient « saisir l’enfant au berceau » pour le garder ensuite jusqu’à la tombe.

« Intérêt public », « société générale », « cité », « nation » : ne nous laissons pas berner par cette rhétorique. Tous ces mots renvoient au pouvoir central. Pouvoir républicain, pouvoir de contrôle sur les citoyens, pouvoir de capter l’intégralité des forces et des affections sans qu’il y ait un « détournement d’énergie citoyenne » (X. Martin) sur la Famille. Car les liens familiaux « volent la cité » : ils privent la République d’une partie de l’affection qui lui est due en totalité. Vieille chimère totalitaire : l’opprimé doit aimer son oppresseur. Mais il faut aussi supprimer tout ce qui divise le corps social, en fait, tout ce qui fait écran entre l’individu et le Pouvoir : « le citoyen appartient à la patrie » (Cambacérès. NB : La Marseillaise avec son « Allons Enfants de la Patrie » ne dit pas autre chose), il faut donc soustraire l’individu à l’abusive emprise familiale pour le confier à l’Etat et à l’Etat seulement. Ou plutôt, il faut supprimer les structures familiales qui contiennent et protègent l’individu comme la bogue protège le fruit. Pour cela, il faut diminuer la force symbolique du mariage, atteindre le pater familias, réviser filiation et transmission mais aussi s’attaquer au nom.

Déconstruire le mariage

L’institution du mariage civil par la Constitution du 03 septembre 1791 et la loi autorisant le divorce sur « simple allégation d’incompatibilité d’humeur » (septembre 1792) font d’un acte religieux irréversible un acte administratif révocable. Ces lois désacralisent donc le mariage et par contrecoup diminuent la portée de l’alliance entre les « deux groupes familiaux » dont parle Muchembeld. La loi sur le divorce institue d’autre part que l’unité de base de la société n’est plus comme autrefois la Famille solidaire et indéfectible mais l’individu errant selon ses humeurs et ses caprices du moment. Le mariage n’est donc n’est plus une fondation stable sur laquelle le groupe de parenté peut s’appuyer et construire, mais au contraire une planche pourrie à la merci des désirs d’Ego. La Restauration abolira le divorce en 1816. Il sera rétablit en 1884, dès le retour au pouvoir des républicains. En 1999 la République instituera le PACS et en 2013 le mariage homosexuel : de vastes galéjades qui finiront de déconstruire le mariage.

Tuer l’image du Père

Le deuxième axe d’attaque contre l’institution familiale est concentré sur le Père, clé de voûte du système de parenté. Il s’agit essentiellement de diminuer jusqu’à annuler l’importance du Père afin de priver la Famille de son « chef » comme le peuple fut privé de sa noblesse. Une loi de 1792 place la majorité à 21 ans (au lieu de 25ans) et, incitant Ego à s’émanciper de la parole du Père, un décret du 28 août 1792 abolit la « puissance paternelle » sur les majeurs. Pour protéger cet Ego qu’on espère rebelle, la loi successorale de 1794 impose l’égalité entre les héritiers : le Père ne dispose donc plus du pouvoir de sanctionner (ou d’avantager) l’un ou l’autre de ses enfants, ce qui diminue considérablement son autorité. Une loi de 1896 restreindra encore le droit de regard des parents sur le mariage de leurs enfants et une autre de 1907 mettra fin à l’obligation du consentement des parents par des « actes respectueux ». La République réaffirme ainsi la prééminence de l’individu désamarré de sa famille et de ses « obligations familiales ». A travers la neutralisation des parents, garants des intérêts globaux de la famille et chargés notamment de prévenir les mésalliances, la République pose que le mariage est affaire de désir individuel et non d’alliance entre des groupes familiaux. Ajoutons qu’une loi de 1938 supprimera la « puissance maritale » et qu’une autre de 1970 abolira la notion de « chef de famille », le « nom patronymique » disparaissant au profit du « nom de famille ». Il est vrai que nous entrons alors dans l’ère de ces « papas poules » fragiles et bafoués, fort éloignés des patriarches d’autrefois magnifiquement campés par un Jean Gabin.

Brouiller la transmission des biens, de la parenté, du nom

La troisième attaque va porter sur la transmission. Transmission du patrimoine tout d’abord : la loi successorale de 1794, instituant l’égalité dans le partage, va émietter le patrimoine familial et dilapider les biens familiaux. Le morcellement des fortunes familiales va donc atteindre directement la puissance économique de l’institution. Transmission de parenté ensuite : la transmission de parenté est traditionnellement du domaine de La Famille. En instituant que la filiation peut être transmise par Ego hors de la structure familiale et du mariage, le pouvoir central enlève au cadre familial une prérogative essentielle. Par la loi du 12 brumaire an II -20 novembre 1793- stipulant qu’un enfant naturel ou illégitime a autant de droits successoraux qu’un enfant naturel, le Pouvoir décide ainsi de la composition juridique de la Famille, ce que confirmera une loi de 1972 qui établit que l’enfant naturel et l’enfant né d’un adultère « entrent dans la famille de son auteur » (1975 : dépénalisation de l’adultère). Les lois de 1793 et de 1972 dissocient de fait la filiation et le nom (puisque l’enfant illégitime ou adultérin ne porte généralement pas le nom de son géniteur). Significatif de cette volonté de dissocier la filiation et le patronyme ancestral, une loi de 2003 prévoit que les parents peuvent choisir librement le nom de leur enfant (celui du père, celui de la mère, ou même un autre nom que celui de leur père ou de leur mère !). GPA, PMA, mariage homosexuel, finiront de brouiller la filiation et la transmission de parenté.

La « famille » aujourd’hui

En 2016, une « famille » peut se composer de deux femmes avec un enfant conçu par PMA ! Nous sommes bien loin de la famille patriarcale dont parle Robert Muchembled. Une telle dégradation dans les structures familiales n’est pas le fruit du hasard. Nous avons vu qu’elle a été provoquée par une succession de lois, de décrets, de jugements… qui précèdent largement la demande sociale. La loi sur le divorce de 1884 par exemple n’est pas le fruit d’une « volonté du peuple ». En 1885, il y aura seulement 4000 divorces, 20 000 en 1914 et 40 000 en 1970, moment où les chiffres commencent vraiment à grimper (125 000 aujourd’hui). Même chose pour la loi dite du « mariage pour tous » qui a été promulguée malgré une forte opposition sociale. Le mariage civil lui-même a mis longtemps à trouver une légitimité et la famille patriarcale traditionnelle survivra jusqu’aux années 1950-1960 malgré les multiples assauts qu’elle a subis.

Alors il est vrai qu’Ego s’est émancipé et qu’il peut écouter ses désirs sans se soucier de ses parents divorcés qu’il ne voit presque plus, de sa femme, s’il est parvenu à en garder une, de ses enfants, s’il est parvenu à en avoir. Son lot ? Le célibat ou le divorce, les anxiolytiques ou la déprime, le mal-être et de plus en plus le suicide. L’homme est un animal social qui vit pour les siens : c’est ce que son homologue de la société traditionnelle avait compris. Certes Ego n’était pas libre au sens étroit où nous l’entendons aujourd’hui, mais il avait des raisons de vivre.

Le mondialisme républicain a émietté les familles : il les a déconstruites patiemment jusqu’à ce que le corps social ne soit plus qu’un tas d’individus isolés. Cette déconstruction systématique de la Famille a été une des conditions, condition fondamentale, de la politique d’immigration. JAMAIS, la société française traditionnelle fondée sur l’entraide virile des groupes familiaux n’aurait acceptée que des étrangers fassent la loi en leur contrée. Aujourd’hui, nous nous sentons démunis face à l’invasion migratoire parce que la « famille recomposée », la « famille homoparentale », la « famille monoparentale », la « famille transgenre »… a pris la place de la famille patriarcale étendue, structurante, solidaire et « couillue ». Et cela est d’autant plus dramatique que nous nous trouvons en confrontation avec des populations qui, elles, ont conservé pour le moment leurs solidarités familiales.

Antonin Campana

 

 

[1] Xavier Martin, historien des idées politiques, professeur émérite à l’Université d’Angers. Nous nous inspirons ici de ses travaux sur le droit révolutionnaire. Voir notamment : La question du droit révolutionnaire, dans Le livre Noir de la révolution Française, cerf, 2009. Voir également, du même auteur, S’approprier l’homme – Un thème obsessionnel de la Révoltion (1760-1800), DMM, 2013

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