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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


La République, matrice du mondialisme (3/4)

Publié par Antonin Campana sur 28 Avril 2015, 21:02pm

Catégories : #Les joies de la nation Frankenstein

La République, matrice du mondialisme (3/4)

3. Premiers échecs d’un mondialisme balbutiant

 

[La colonisation montre la convergence entre une idéologie et des intérêts économiques, entre les idéaux républicains et le capitalisme. Son fonctionnement est triangulaire : à la collectivité nationale le coût financier et humain, à l’oligarchie les profits, à la République le Pouvoir sur les âmes. Le mondialisme, simple reformulation du colonialisme, n’est que le rejeton monstrueux de cette union contre nature du capital et de l’idéal].

 

     Dès les années 1890, le caractère utopique et irréalisable du projet assimilateur républicain dans les colonies aurait du apparaître à tous. D’une part, nous l’avons dit, parce que ce projet avait échoué en Europe, avec des populations déjà « civilisés ». D’autre part, parce que la République manifestait en ces années là son incapacité à assimiler pleinement la « nation juive » qui résidait pourtant au milieu du peuple français. En effet (voir nos articles sur le sujet), cette « nation » qu’un Clermont-Tonnerre voulait se voir dissoudre dans la République en échange de la citoyenneté généreusement accordée, se manifestait toujours, au regard de nombreux républicains, comme une sorte de société parallèle à la société française. De leur point de vue républicain, les Juifs avaient donc bénéficié de l’égalité des droits tout en gardant leurs particularismes et leurs solidarités « nationales » : ils n’avaient pas respecté leur part du contrat. Par leur ressentiment, d’où naîtrait l’antisémitisme moderne, une majorité de républicains faisait alors implicitement le constat de l’échec du projet assimilateur de la République. C’est à ce moment, avant le tournant de l’affaire Dreyfus, que paraissait le livre de Girault et que s’exprimait en plein l’idéologie coloniale. Autrement dit, l’idéologie assimilationniste du régime avait subi deux échecs aussi retentissants qu’indubitables : l’échec de l’expansionnisme républicain en Europe et l’échec de l’intégration des Juifs. Ces deux échecs avaient ou avaient eu des conséquences dramatiques évidentes : un bain de sang pour le premier, l’antisémitisme militant pour le second.  Pourquoi alors faire fi du réel et continuer à le défier ?

     On ne peut faire l’impasse sur un troisième échec, à venir celui-là, mais qui montre bien l’obstination toute idéologique d’un système de pensée incapable de se réformer pour tenir compte des réalités. En effet la République allait, dès la fin de la seconde guerre mondiale, mettre une nouvelle fois à l’épreuve son système d’assimilation en organisant une immigration de masse au milieu du peuple autochtone de France. Comment les politiciens républicains ont-ils pu penser une seconde que ce système (qui, avec la colonisation, avait déjà échoué à trois reprises), serait cette fois en capacité d’intégrer harmonieusement des populations venues d’Afrique ou d’ailleurs ? Cela reste un mystère, voire le signe d’une rare inculture, peut-être même d’une insondable bêtise.

     L’erreur, cependant, serait de croire que l’assimilation est pour la République un but en soi, alors que ce n’est qu’un moyen. L’objectif ultime des politiques d’assimilation est de créer un espace homogène le plus large possible. Le but de la Révolution était de s’étendre en Europe pour devenir universelle non par la domination mais par l’intégration. Les 130 départements, ceux de France, comme ceux Belgique, d’Allemagne, de Suisse ou d’Italie, sont moulés selon le même standard et ne doivent présenter aucune différence. Ils forment un bloc continental, une unité indissociable, sans frontières politiques, économiques ou douanières, soumise aux mêmes règlements, au même droit,  à la même monnaie, à la même administration, à la même langue. C’est une zone de libre échange et de libre circulation. De la même manière, les colonies et les métropoles, doivent au terme de l’assimilation, selon Girault et le parti colonial, former un bloc transcontinental de libre échange, sans frontière et sans douanes, avec la même monnaie, la même administration, les mêmes corpus juridiques, le même système de mesure, la même langue, une même citoyenneté…. L’idéal consiste à gommer toute différence entre la métropole et les colonies, de n’avoir qu’un seul espace politique, économique et juridique pleinement intégré.

     Cette intégration ne fait pas cas des identités locales ou nationales qui doivent s’estomper devant l’uniformité. Les départements français sont tracés sans tenir compte des appartenances provinciales. Dans le projet initial chaque département figurait un carré de vingt lieues de côté. De la même manière, les découpages de l’Afrique seront fait à la règle sans égard pour les ethnies qui seront divisées pour certaines, ou même réunies sans tenir compte de leurs contentieux historiques. Cela semble absurde mais répond à une logique qui suppose la disparition prochaine des appartenances identitaires devant une organisation rationnelle et standardisée du territoire de la République.

     Il va de soi qu’une telle remise en cause identitaire génère des résistances populaires. Nous les observons sur les territoires européens conquis par la République, de la part du peuple Juif forcé de s’atomiser, chez les peuples colonisés comme de nos jours parmi les populations immigrées. Néanmoins l’unification réglementaire, juridique,  douanière, monétaire, économique, administrative et politique  va sans doute dans le sens des intérêts bien compris d’une oligarchie de plus en plus transnationale qui détient le pouvoir réel sur le pays et dont les intérêts ne recoupent pas forcément ceux des peuples. La constitution de blocs transnationaux homogénéisés était bonne pour les affaires, bonne pour le commerce, bonne pour les flux financiers, bonne pour la banque. Les profiteurs de la colonisation ne seront pas les petits colons qui n’auront que leurs bras pour faire fructifier un lopin de terre mais les sidérurgistes dont l’acier fera des chemins de fer en Afrique, les financiers dont les investissements aux colonies sont des plus rémunérateurs, les compagnies minières, les compagnies concessionnaires, sans oublier les banques : banque d’Indochine, mais aussi Société Générale, Crédit Lyonnais, Paribas….

     La colonisation montre ainsi la convergence évidente entre une idéologie universaliste (le républicanisme) et des intérêts économiques. Le mondialisme peut se définir comme la rencontre entre une idée et des capitaux, entre le républicanisme et le capitalisme. Ils ne se quitteront plus, l’un s’appuyant sur l’autre, soit pour se légitimer, soit pour s’imposer.

     Le principe de l’expansion est simple : à la collectivité (le peuple autochtone de France) les coûts de la colonisation, à l’oligarchie les bénéfices, à la République le pouvoir sur les âmes. En juillet 1885, Clémenceau s’oppose à une colonisation qui augmente sans fin les « charges du budget » et « fait tuer des milliers de Français » (1885) : à la collectivité les coûts. Ferry quant à lui met en avant au Parlement le « coté humanitaire et civilisateur » de la question coloniale, mais se tourne aussi vers « notre grande industrie » à qui il fait miroiter les « débouchés », la « liberté des échanges », la « loi de l’offre et de la demande »…: aux milieux d’affaires les profits. Ferry s’adresse, et il le sait, à des élus républicains qui pour beaucoup sont liés à l’oligarchie. Il leur délivre un message qui fait se rencontrer « l’œuvre civilisatrice » et les affaires, qui rend légitime l’exploitation sous prétexte de civilisation. Il leur dit implicitement que l’Etat prendra à sa charge tous les coûts : ceux de la guerre mais aussi de la « police » et de la « garde » dont parle Clémenceau. Il leur dit implicitement que les Autochtones de France paieront le prix du sang et que « notre grande industrie » en tirera tous les profits. « La politique coloniale, dit Ferry, est fille de la politique industrielle ». Mais cela est faux : la politique coloniale est fille de l’universalisme républicain. Et elle est une prostituée de la politique industrielle.

(A suivre)

Antonin Campana 

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