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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


La République matrice du mondialisme (2/4)

Publié par Antonin Campana sur 26 Avril 2015, 19:29pm

Catégories : #Les joies de la nation Frankenstein

La République matrice du mondialisme (2/4)

2. Intégration

 

[Avant d’entreprendre, par le colonialisme, la construction de blocs transcontinentaux  homogènes, la République avait en vain tenté de créer un bloc continental en Europe. Le colonialisme n’est que la continuation sous d’autres cieux du projet universaliste de l’époque révolutionnaire]

 

    En effet, avant de se projeter en Afrique ou en Asie, l’universalisme républicain s’est abattu sur l’Europe. Les guerres de la Révolution, puis celles de l’Empire qui les prolongent (malgré les efforts de Napoléon pour les terminer), vont donner à la République « impériale » ou l’Empire « républicain » une extension qui déborde largement des frontières traditionnelles de la France. La République allait ainsi annexer de nombreux territoires. Napoléon qui se voulait l’héritier de la Révolution et protecteur de ses acquis, y compris territoriaux, ne pourra les céder, ce qui l’entrainera dans de nouvelles guerres et de nouvelles annexions.

     Comment la République, puis l’Empire dans son sillage, allaient-ils gérer ces territoires conquis et ces populations dominées ?  Dans un premier temps la République allait créer de toute pièce des « républiques sœurs » : république de Mayence (1792), république rauracienne (1792), république batave (1795) république romaine (1798)... Au total plus de trente républiques fantoches plus ou moins éphémères et dirigées par la République « mère » allaient ainsi être proclamées. Elles allaient très rapidement être intégrées dans la République française puis l’Empire, pour devenir des départements français à part entière.

     En 1811, la France compte ainsi 130 départements qui s’étendent du sud de Rome et de Barcelone jusqu’au Danemark. On crée des départements en Suisse, en Italie, en Espagne, en Belgique, en Hollande, en Allemagne…Le traité de Campo-Formio (1797) avait permis de créer trois départements… en Grèce (Corcyre, Ithaque et Mer Egée). En 1809, 11 départements éphémères sont créés dans les Provinces Illyriennes annexées (notamment dans la Slovénie actuelle et la Croatie).

     Les conquêtes de la République et de l’Empire, si l’on englobe la Confédération du Rhin et le Grand Duché de Varsovie sous tutelle, forment un bloc presqu’au contact de la Russie et touchent l’empire ottoman dans la région albanaise. Si l’on excepte la Grande Bretagne, les régions de Prusse et l’empire autrichien, ce bloc a presque les mêmes contours que l’Union Européenne, la Suisse en plus. Il va être géré selon le processus d’assimilation qu’Arthur Girault proposera pour les colonies (voir partie 1).

     Le « modèle français » sera proposé aux Etats de la Confédération du Rhin à qui l’on voudra imposer sans succès une constitution. Napoléon se servira de certains d’entre eux (royaume de Westphalie, grand-duché de Berg) comme de vitrines exposant l’organisation administrative, juridique, judiciaire, cultuelle, économique découlant des principes de la Révolution française. Le grand-duché de Varsovie se verra imposer une constitution, le code civil napoléonien, l’abolition des privilèges et l’émancipation des Juifs…. Cependant, c’est dans les territoires étrangers départementalisés que le processus d’intégration et d’assimilation sera porté à son paroxysme.

     Comme en France, les territoires conquis sont découpés en départements sans tenir compte des identités et des appartenances locales. Chaque département est à son tour divisé en arrondissements, cantons, communes. Des villes deviennent des préfectures, d’autres des sous-préfectures. Des préfets et sous-préfets sont nommés par le pouvoir central.

     L’organisation judiciaire est refondée. On impose le code civil et les principes qui lui sont associés. L’égalité de tous devant la loi, la fin du servage et du système féodal là où il perdurait, l’abolition des privilèges, l’émancipation des Juifs, la liberté d’entreprendre et de concurrencer, la liberté du travail sont décrétés.

     Le régime fiscal est modifié pour obtenir un impôt plus égalitaire. Mais on supprime aussi les corps de métier et la conscription devient obligatoire, relativisant les libertés octroyées.

     Le système métrique s’impose et doit se substituer aux poids et mesures du pays conquis. Le papier-monnaie, autre nouveauté, a cours légal et nul ne peut le refuser.

     La liberté de culte est proclamée et un état civil est créé. Le mariage est sécularisé, le divorce légalisé.

     L’administration est réorganisée selon les principes républicains. La langue française s’impose dans l’administration, la vie publique et les échanges commerciaux. Les territoires étrangers départementalisés bénéficient progressivement d’une union douanière avec la France et du libre échange sur tout le territoire de la République puis de l’Empire.

     Le processus d’assimilation des territoires conquis est donc avant tout un processus d’uniformisation selon les standards républicains. Partout se met en place la même organisation fiscale, administrative, judiciaire, politique, militaire… partout les mêmes règlements, le même code Napoléon, la même langue, les mêmes droits, les mêmes devoirs. Partout le même état civil, le même régime des cultes, les mêmes encadrements sociaux, la même conscription. Partout le même système de mesure, la même monnaie, les mêmes impôts, les mêmes tarifs douaniers… Partout l’uniformité républicaine automatique et mortifère (Benjamin Constant : « la variété, c’est l’organisation ; l’uniformité, c’est du mécanisme. La variété, c’est la vie ; l’uniformité, c’est la mort ». Principes de Politique, 1815).

     « L’uniformité, c’est la mort » : on sait que l’expérience assimilatrice se termina dans un  bain de sang et que la France en sortit exsangue. Certes, le virus républicain fut alors inoculé, mais les populations soumises aux politiques d’assimilation manifestèrent très rapidement de l’hostilité, voire de la haine envers l’occupant français.  Ce rejet était d’autant moins prévisible que ces populations avaient elles-aussi fait l’expérience de cet « arbitraire » et de cet « obscurantisme » que fustigeait la Révolution. De plus, contrairement aux colonies, toute l’Europe avait à peu près le même niveau de « civilisation » et les mêmes structures sociales, ce qui mettait les politiques d’assimilation dans une situation idéale. Malgré ce contexte très favorable, auquel il faut ajouter la proximité géographique de la « métropole », la République puis l’Empire ont échoué à intégrer de nouveaux territoires. Comment en aurait-il pu être autrement avec les colonies ? Ni Arthur Girault, ni Ferry, ni le « parti colonial » ne semblent se poser la question et personne ne paraît tirer les conséquences de cette expérience désastreuse.

     Girault, comme Ferry, ont conscience que la distance culturelle séparant les Français des « indigènes » des colonies est l’obstacle principal, plus que la distance géographique, à la réalisation d’une intégration complète. C’est pourquoi pour en faire à terme des « Français », il faut préalablement  « civiliser » les « indigènes ». Il faut écrit Girault « élever les indigènes jusqu‘à notre civilisation », il faut « faire disparaître de leurs mœurs certains usages barbares tels que les sacrifices humains », « faire pénétrer chez les indigènes une conception du droit plus élevée et plus pure », mener dans tous les domaines et sans relâche une « action civilisatrice ». En fait, il faudrait faire des « indigènes » des « Européens » avant d’en faire des « Français ». L’idée de « mission civilisatrice » est bien la légitimité morale de la colonisation : quelle idée plus noble que celle d’apporter les lumières de la science et du savoir à ceux qui vivent dans les ténèbres ? Néanmoins, plus prosaïquement, la réussite de la mission civilisatrice est la condition sine qua non de l’assimilation et de la réalisation d’un espace intégré homogène, véritable raison d’être du projet colonial.

(A suivre)

Antonin Campana

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