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Terre Autochtone

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Le blog des aborigènes d'Europe, par Antonin Campana


Qu’est-ce que l’autochtonisme ? (4/4)

Publié par Antonin Campana sur 5 Février 2015, 13:49pm

Catégories : #Perspectives Autochtones

Qu’est-ce que l’autochtonisme ? (4/4)

QUATRIEME et dernière partie du texte sur l'autochtonisme.

Vous trouverez la première partie ici.

Vous trouverez la seconde partie ici.

Vous trouverez la troisième partie ici.

 

 

 

4) L’autochtonisme européen

 

1. Il est confronté comme ailleurs à un pouvoir d’Etat

 

     L’avenir autochtone dépend des relations avec les non autochtones et avec le pouvoir politique (pouvoir émanant d’un Etat d’origine coloniale, d’un Etat intégrateur, voire d’organisations internationales ou pluri-étatiques).

     Les relations de l’autochtone avec les populations exogènes sont faussées en raison de la proximité qui existe toujours entre celles-ci et le pouvoir d’Etat. En effet, soit le pouvoir d’Etat émane directement des populations exogènes (comme au Canada par exemple), soit le pouvoir d’Etat a provoqué ou laissé faire l’immigration de groupes exogènes et se trouve ainsi moralement lié à eux (comme en France par exemple). De plus, l’histoire des peuples autochtones montre qu’il existe une alliance objective entre les populations exogènes et l’Etat constitué pour contrer les revendications autochtones. Cela est vrai dans tous les contextes coloniaux, cela est également vrai dans les pays subissant une immigration massive de populations étrangères.

     Le pouvoir d’Etat en Europe a ceci de particulier qu’il n’émane pas des populations exogènes, mais qu’il ne représente pas pour autant les populations indigènes. C’est un pouvoir qui se prétend au-dessus des spécificités des uns ou des autres, en lien directe avec l’universel, donc en capacité d’intégrer et de faire « vivre ensemble » des groupes humains que tout oppose. Du point de vue autochtone le pouvoir d’Etat représente donc l’exogène, même s’il n’est pas représentatif des populations exogènes.

 

2. L’autochtone européen et l’Etat : une relation particulière

 

      Hors d’Europe, les groupes se revendiquant comme autochtones disposaient, avant l’arrivée de populations étrangères, de structures de pouvoir (chefferies, conseils coutumiers…) qui avaient leur propre efficacité mais qui ne correspondaient en rien à ce que nous nommons « Etat ». L’Etat, avec son administration, son pouvoir judiciaire, son pouvoir de lever l’impôt, son système éducatif… est ici une importation allochtone, et non une création autochtone. Ceci explique en grande partie l’hostilité « instinctive » des autochtones pour cette entité politique qu’ils accusent avec raison d’être au service des populations exogènes.

      En Europe, la situation est complètement différente dans la mesure où l’Etat est une création autochtone. Pendant des siècles celui-ci a véhiculé les valeurs et l’identité des autochtones européens, comme le faisaient les structures de pouvoirs chez les autres indigènes. Cependant depuis deux siècles, selon un processus qu’il faut décrire, l’Etat s’est progressivement dissocié du peuple autochtone pour représenter un pouvoir complètement indépendant de ses valeurs particulières et de son identité spécifique (la loi sur le mariage homosexuel est un exemple typique de cette « indépendance »). Cette dissociation entre l’Etat et le peuple a pu s’opérer de manière violente (l’arraisonnement de l’appareil d’Etat autochtone par un régime politique universaliste, la République par exemple), et/ou par étapes successives sous l’impulsion de groupes d’intérêts mondialisés. En Europe, l’Etat est ainsi devenu exogène dans la mesure où il ne se dit plus au service du peuple autochtone mais d’un morceau du « village planétaire ».

      Les Autochtones européens n’ont pas pris la mesure de cette évolution et de ce qu’elle implique pour leur avenir. Alors que l’Autochtone de Nouvelle-Calédonie regardera naturellement l’Etat français comme une structure de pouvoir étrangère qu’il traitera comme telle, l’autochtone de France s’étonnera que la classe politique, le système éducatif, le pouvoir judicaire ou médiatique… prennent des décisions si évidemment contraires aux intérêts « nationaux ». Cette incapacité des autochtones Européens à penser le pouvoir d’Etat comme le font les autres autochtones, à savoir comme un pouvoir étranger qui ne les représente pas spécifiquement, retarde leur lutte pour les droits.

 

3. En conclusion

 

     Même si la prise de conscience autochtone en Europe est liée en grande partie aux évènements migratoires (et n’est pas consécutif à une colonisation comme dans d’autres contrées), il est probable que l’autochtonisme européen, en gestation, ne sera pas différent de ce que nous pouvons observer partout ailleurs :

- Affirmation de l’autochtonie

- Affirmation des différences culturelles et identitaires

- Formulation de droits spécifiques fondés sur l’antériorité et la spécificité

- Revendication du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes

     Le sentiment autochtone progresse en Europe. Le principal obstacle qu’il rencontre n’est pas l’Etat intégrateur (de populations exogènes), mais la conviction chez beaucoup que le pouvoir d’Etat représente politiquement le peuple autochtone. L’autochtonisme européen, au contraire des autres autochtonismes ne pourra faire l’économie d’une dénonciation du caractère mondialiste, donc non autochtone, de l’Etat intégrateur. L’Etat et le pouvoir d’Etat sont au service d’un projet qui suppose l’éradication à terme des Autochtones (ou leur dissolution dans une soupe mondialisée, c’est comme on voudra). L’Etat ne représente pas les Autochtones car il se veut identitairement neutre, il leur est hostile car ils se veulent identitairement spécifiques. Cela est vrai au Canada, aux Etats-Unis, comme en France. C’est ce que l’autochtonisme européen devra faire comprendre.

 

Antonin Campana

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